ECHOS est une exposition comme il faut qu’elle soit, nécessairement, dans le cadre d’une foire d’art contemporain comme Arténim : élégante, agréable, professionnelle. Mais elle cherche aussi à être bien plus et veut nous attirer comme on le fait des mouches, avec du miel. Parce qu’en effet, nous passons notre temps à être attiré – par les shampoings, les grille-pain, les voitures, les montres, les vacances en Tunisie – et qu’il n’y a pas de raison pour que les artistes n’aient pas le droit de jouer ce jeu là : pourquoi ne s’y essayeraient-ils pas eux aussi, pour voir ?
Alors, si notre désir est quotidiennement stimulé, si dès que nous regardons autour de nous nous enclenchant des machines désirantes, et si, d’autre part, cette machine tourne à plein régime, alors ECHOS écarte l’idée de la faire caler. Elle chercherait même plutôt à en alimenter le moteur avec les objets qu’elle expose : des œuvres avec des paillettes (les photographies de Fanette Muxart), des peintures aux couleurs de rouge à lèvres (avec Renaud Jerez), des traits tirés comme des flèches indiquant la direction (dans les dessins d’Elise Cam), de vastes paysages pour partir en voyage ou se perdre, des huiles qui brillent même sans vernis (David Lefebvre), des sculptures qui clignotent comme des enseignes (Fabrice Croux), etc., etc. Autant d’œuvres qui cherchent à faire tourner le moteur, le faire accélérer même, encore et encore, quitte à ce que les roues se désolidarisent de la route.
Le marché de l’art se porte à merveille. Il n’y a d’ailleurs aucune raison qu’il en aille autrement. Les œuvres sont toujours mieux réalisées, toujours plus attirantes, et elles se vendent mieux que jamais. Il faut dire que les artistes font des efforts. Ils savent qu’ils sont en concurrence avec les autres producteurs de formes, et ils savent aussi que cette concurrence est planétaire. Non seulement il y a les autres objets dits d’art faits par d’autres artistes, mais il y a également tous ceux que proposent les designers, et puis il y a les autres formes, les films au cinéma, les vidéos, les écrans d’ordinateurs, les sonneries de téléphone portable, les signes sur le Web, les figures des publicitaires, etc. Le monde est plein de créatifs, tous plus habiles à fabriquer de nouvelles choses, de nouveaux objets et de nouvelles images… Les artistes doivent donc faire des efforts.
La courte exposition ECHOS à Arténim est une façon de rendre hommage à cet effort, dans un premier temps en tout cas.
Stéphane Sauzedde
(Président de AAA)
Décembre 2007
